La Conférence André-Patry

Organisée annuellement par le CEDAC depuis 2022, la Conférence André-Patry rend hommage à l’héritage d’un grand commis de l’État québécois et pionnier du droit international public au Québec. Elle vise à favoriser les échanges entre juristes, chercheurs et praticiens autour de l’action internationale des entités fédérées et de la diplomatie subétatique.

Vous trouverez ci-dessous un aperçu des quatre premières éditions de la Conférence.

 

Première édition  —  12 avril 2022

La participation (mouvementée) des Communautés et Régions belges au processus de conclusion de l’AECG

Conférencier : Yves Lejeune, professeur émérite, Université catholique de Louvain (Belgique)

Yves LejeuneLa conférence inaugurale cherchait à souligner le 57e anniversaire de la célèbre allocution du ministre de l’Éducation du Québec, Paul Gérin-Lajoie en 1965, devant le corps consulaire de Montréal.

Pour l'occasion, le professeur Yves Lejeune a mis en lumière le rôle des Communautés et Régions belges dans la renégociation de l’Accord économique et commercial global (AECG/CETA). Ce cas d’étude a permis de réfléchir aux mécanismes de participation des entités fédérées dans les négociations internationales. L’intervention de M. Lejeune a mené à deux publications scientifiques, et à un épisode du balado Les grands entretiens du CEDAC.

À propos du conférencier
Yves Lejeune est professeur émérite à la Faculté de droit et de criminologie de l’Université catholique de Louvain. Spécialiste du droit constitutionnel belge et du droit européen, il est reconnu pour ses travaux sur la structure fédérale de la Belgique et la participation des entités fédérées à la politique étrangère. Il a conseillé à plusieurs reprises les autorités belges dans le cadre de négociations internationales.

Pour en savoir plus, CLIQUEZ ICI

Résumé de la conférence

La Belgique fait partie des nombreux États d’Europe qui ont abandonné la conduite de leur politique commerciale commune aux institutions de l’Union européenne. Au départ, elle n’était donc impliquée dans la conclusion de l’AECG avec le Canada qu’en qualité d’entité constitutive de l’Union. Les Communautés et les Régions belges ne disposaient que du droit de participer à la détermination, par consensus, de la position que la Belgique devrait défendre au sein du Conseil des ministres de l’Union au moment de la signature du traité.

Toutefois, la Commission proposa en juillet 2016 que la partie de l’AECG qui instaurait un mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États, et qui suscitait à l’époque l’opposition d’une importante minorité d’États membres, soit considérée comme inscrite dans un domaine de compétence partagée entre l’Union et ses États membres. Par suite, l’AECG devenait un accord « mixte » qui nécessitait la signature et la ratification de tous les États membres de l’Union. La Commission proposait également que la partie de l’Accord relevant de la compétence exclusive de l’Union — soit plus de 90 % du texte négocié — soit appliquée à titre provisoire dès qu’elle aurait reçu les approbations du Parlement européen et du Parlement canadien. Ce compromis, suscité par le fait que plusieurs États membres n’admettaient pas d’être complètement écartés du processus d’approbation et de ratification, allait permettre d’obtenir au sein du Conseil la majorité qualifiée requise pour autoriser la signature de l’Accord.

La Belgique étant désormais reconnue comme future partie contractante de l’AECG, les règles du droit belge relatives à la conclusion des traités qui ne portent pas uniquement sur des matières de compétence fédérale (re)devenaient applicables : l’Autorité fédérale ne peut les conclure sans les gouvernements fédérés. Ceux-ci sont associés sur pied d’égalité aux négociations et à la signature. L’usage européen veut en outre qu’une seule signature soit apposée au nom du Royaume et qu’une déclaration sous cette signature mentionne qu’elle engage aussi les Communautés et les Régions belges. Chaque collectivité fédérée doit avoir préalablement conféré les pleins pouvoirs à l’unique représentant fédéral pour que celui-ci signe le traité. Ensuite, il faut recueillir, outre l’assentiment de la Chambre des représentants fédérale, l’assentiment de tous les parlements fédérés avant que le Roi ne ratifie le traité, ce qui assujettit la ratification royale au bon vouloir de chaque assemblée parlementaire belge.

À l’époque, le gouvernement fédéral belge était de centre-droite, favorable aux accords classiques de libre-échange, alors que le gouvernement de la Région wallonne était de centre-gauche, attentif aux préoccupations de la « société civile » comme la lutte contre le changement climatique et les inégalités sociales ainsi que la protection de l’environnement.

Dès avril 2016, le gouvernement wallon, désireux de renforcer son influence sur la teneur finale de l’Accord, avait demandé et obtenu de son parlement le vote d’une résolution qui demandait (a) au gouvernement fédéral de plaider au sein du Conseil pour que le futur Accord soit qualifié d’accord mixte au sens du droit de l’Union européenne, et (b) au gouvernement wallon de ne pas accorder de pleins pouvoirs au gouvernement fédéral pour la signature de cet Accord tant que le texte issu des négociations pouvait porter atteinte aux règles existantes en matière sanitaire, phytosanitaire, sociale et environnementale, voire au droit des États et de leurs collectivités constitutives de les modifier. La résolution refusait aussi le système de règlement des différends entre investisseurs et États préconisé par les négociateurs de l’AECG. Le Parlement de la Communauté française de Belgique emboîta
le pas au Parlement de Wallonie en mai, puis il en fut de même de l’Assemblée des parlementaires francophones de Bruxelles en juin et du Parlement de la Région bruxelloise en juillet.

Le recours du ministre-président wallon au soutien de son parlement était ingénieux : sans l’intervention anticipée des parlements francophones, la signature de l’AECG par l’Union européenne aurait pu être autorisée par le Conseil malgré l’abstention de la Belgique et la majeure partie de l’Accord aurait pu être provisoirement appliquée sans autres approbations que celles du Parlement canadien et du Parlement européen. Il fallait donc confronter la Commission européenne à un refus de délégation de signature, de façon à l’obliger, pour la première fois dans son histoire, à négocier directement avec une collectivité régionale et à tenir compte de ses revendications.

La négociation étant censée terminer, la Commission s’opposa à la réouverture des négociations avec le Canada. Pour autant le Conseil soutint la proposition de rédaction d’une déclaration interprétative, destinée à préciser l’AECG, que prépareraient la Commission européenne et le gouvernement canadien. N’ayant pu obtenir des modifications à l’Accord lui-même et étant insatisfaites de la teneur du projet de déclaration interprétative qui leur avait été communiqué, les quatre assemblées parlementaires réclamantes — auxquelles s’était joint le Parlement de la Communauté germanophone de Belgique — adoptèrent à la mi-octobre de nouvelles résolutions demandant à leurs gouvernements respectifs de maintenir leur refus de conférer au gouvernement fédéral les pleins pouvoirs pour signer l’Accord.

Après une semaine de négociations ininterrompues avec la Commission européenne et la ministre canadienne du Commerce extérieur, le projet de déclaration, désormais appelé « instrument interprétatif commun », put être remanié à la satisfaction du gouvernement wallon. Le dernier point de discorde qui subsistait était le mécanisme de règlement des conflits entre investisseurs et États. À cet égard, une solution intra-belge fut dégagée au Comité de concertation qui, en Belgique, réunit périodiquement six ministres fédéraux et six ministres représentant les gouvernements fédérés. Le compromis conditionnait le feu vert donné à la signature de l’AECG à l’engagement du gouvernement belge de demander à la Cour de justice de l’Union son avis — que le gouvernement wallon espérait négatif — sur la compatibilité du mécanisme de règlement des différends relatifs aux investissements avec le droit primaire européen. Le lendemain, les motions déposées en conclusion du débat sur l’Accord étaient adoptées en séances plénières des parlements réclamants, mettant ainsi fin au blocage et autorisant la signature de l’AECG par la Belgique.

Ce compromis prit la forme d’une déclaration belge « relative aux conditions d’exercice des pleins pouvoirs conférés par l’État fédéral et les entités fédérées pour la signature du CETA » (AECG), qui fut publiée au Journal officiel de l’Union avec le traité et son instrument interprétatif commun. Lors de la signature officielle de l’Accord, il fut précisé, sous la signature apposée par le ministre belge des Affaires étrangères et européennes, qu’elle engageait aussi les trois Communautés et les trois Régions du pays.

Partenaires

La première édition de la Conférence André-Patry a bénéficié du soutien financier du Programme d’appui à la recherche (PAR) du Secrétariat du Québec aux relations canadiennes (SQRC).

L’événement a également été réalisé en partenariat avec le Centre d'études pluridisciplinaires en commerce et investissement internationaux (CEPCI) de l’École supérieure d’études internationales (ESEI) ainsi qu’avec la Délégation générale de Wallonie-Bruxelles au Québec.

 

Deuxième édition  —  18 avril 2023

Constitutional Federalism in Action: International Agreements by U.S. States

Conférencier : Curtis A. Bradley, professeur, University of Chicago Law School

CurtisCette deuxième édition portait sur les ententes internationales conclues par des États américains, notamment les accords climatiques liant la Californie à des partenaires étrangers comme le Québec. Le professeur Bradley a mis en lumière les fondements constitutionnels et pratiques de ces engagements. L’événement a rassemblé une soixantaine de participants.

À propos du conférencier
Curtis A. Bradley est professeur de droit et professeur de sciences politiques à l’Université de Chicago. Il est l’un des principaux experts nord-américains du droit constitutionnel des relations extérieures. Auteur de plusieurs ouvrages et articles de référence, il a également agi comme conseiller juridique auprès du Département d’État des États-Unis. Il est membre de l’American Law Institute et codirecteur du Chicago Council on Global Affairs.

Pour en savoir plus, CLIQUEZ ICI

Résumé de la Conférence

En utilisant comme exemple l’entente entre la Californie et le Québec relative aux changements climatiques, la conférence examinera la capacité des États américains à conclure des accords avec les gouvernements nationaux et infranationaux d’autres pays. Bien que la Constitution américaine semble interdire la conclusion d’accords internationaux par les États, du moins sans l’approbation de la législature nationale, les États (et les villes) ont trouvé des moyens de contourner cette limitation dans le but de promouvoir la coopération internationale.


English version

Using an agreement between California and Quebec relating to climate change as an example, the conference will consider the ability of U.S. states to conclude agreements with national and subnational governments of other countries. Although the U.S. Constitution appears to disallow international agreement-making by states, at least without the approval of the national legislature, states (and cities) have found ways to work around this limitation in an effort to promote international cooperation.

Partenaires

La deuxième édition de la Conférence annuelle André-Patry a pu compter sur la participation financière de plusieurs partenaires, dont le Secrétariat du Québec aux relations canadiennes (SQRC), dans le cadre de son Programme d’appui à la recherche (PAR).

L’événement a également bénéficié du soutien de la branche canadienne de l’Association de droit international (ILA Canada) ainsi que de l’École supérieure d’études internationales (ÉSEI) de l’Université Laval.

 

Troisième édition — 12 avril 2024

City Limits? Cities as International Law Actors

Conférencier : Christopher Waters, professeur, Université de Windsor

Walters

La troisième édition a exploré le rôle émergent des villes en droit international, notamment dans la défense des droits de la personne, les enjeux climatiques ou la réponse aux conflits armés. Des représentants de la Ville de Québec et du consulat des États-Unis à Québec ont assisté à l’événement. Un partenariat avec la Société québécoise de droit international a bonifié la portée de cette édition.

À propos du conférencier
Christopher Waters est professeur de droit à l’Université de Windsor et ancien doyen de sa Faculté de droit. Il est spécialiste du droit international humanitaire, du droit des conflits armés et du rôle des acteurs infraétatiques en droit international. Il a siégé comme observateur électoral international et consultant auprès d’organisations telles que l’OSCE et le CICR. Il publie régulièrement sur les liens entre le droit international et les politiques locales.À l’occasion de cette troisième édition de la Conférence André-Patry, le professeur Christopher Waters, professeur à la Faculté de droit de l’Université de Windsor, a discuté de l'attention croissante accordée au rôle des villes dans la gouvernance mondiale.

Pour en savoir plus, CLIQUEZ ICI.

Résumé de la conférence

Une attention croissante est accordée au rôle des villes dans la gouvernance mondiale, bien au-delà des relations traditionnelles entre « villes jumelées ». Sur des sujets allant de la justice climatique aux droits de la personne, en passant par les conflits armés actuels, les villes sont des acteurs internationaux malgré leur manque de statut constitutionnel ou de personnalité juridique internationale. Cette conférence explorera la (ré)émergence de la diplomatie des villes et examinera les possibilités et les limites de sa portée.

English version
Increasing attention has been paid to the role of cities in global governance, far beyond traditional “sister city” relationships. On topics ranging from climate justice, to human rights, and to contemporary armed conflicts, cities are international actors despite their lack of constitutional status or international legal personality. This talk will probe the (re)emergence of city diplomacy and examine the possibilities and limits of its scope.

Partenaires

La troisième édition de Conférence a pu être organisée grâce au soutien financier du Secrétariat du Québec aux relations canadiennes (SQRC), dans le cadre de son Programme d’appui à la recherche (PAR).

L’événement a également bénéficié de la collaboration de la Société québécoise de droit international (SQDI) et de la branche canadienne de l’Association de droit international (ILA-Canada).

 

Quatrième édition  — 11 avril 2025

La capacité internationale du Québec: le droit et la pratique des relations internationales du Québec 60 ans après l'énoncé de la doctrine Gérin-Lajoie 

Conférencier : Daniel Turp, professeur émérite, Faculté de droit, Université de Montréal

Cette édition a marqué le 60e anniversaire de l’énoncé de la doctrine Gérin-Lajoie. Le professeur Daniel Turp y a livré une conférence magistrale sur l’évolution du droit et de la pratique des relations internationales du Québec depuis les années 1960. Il a retracé les fondements juridiques de la capacité internationale du Québec, les étapes marquantes de sa reconnaissance, ainsi que les défis actuels de l’action extérieure des entités fédérées dans un contexte de complexification des relations intergouvernementales.

À propos du conférencier
Daniel Turp est professeur émérite à la Faculté de droit de l’Université de Montréal, où il enseigne le droit international public et le droit constitutionnel depuis plus de trente ans. Ancien député à la Chambre des communes et à l’Assemblée nationale du Québec, il a siégé à plusieurs commissions parlementaires sur les affaires intergouvernementales et internationales. Il est reconnu comme l’un des principaux experts québécois du droit des relations internationales des entités fédérées, ainsi que pour ses engagements en faveur du droit à l’autodétermination des peuples.

Pour en savoir plus, CLIQUEZ ICI.

Partenaires

L’événement a pu être organisé grâce à l’appui de la Société québécoise de droit international (SQDI), de l’École supérieure d’études internationales (ÉSEI) et de la Faculté de droit de l’Université Laval, qui ont contribué à sa tenue et à sa diffusion.